Sonnerie Josephine Baker – Pourquoi ?!

30 Nov 2021 | Actions diverses, Informations ponctuelles

« Ni Juifs, ni chiens, ni niggers… Est-ce ma faute si la formule, ces mots féroces que j’ai entendus répéter jusqu’à New York même, et par d’honnêtes gens, m’obsède ? Est-ce que nous sommes des punaises pour ces honnêtes Américains ? Est-ce que nous avons marché sur l’eau pour venir chez eux ? Est-il honorable à l’heure actuelle, dites-moi, qu’en Amérique – dans des villes des U.S.A. qui se flattent d’être à l’avant-garde pour tout le progrès – à partir d’une certaine heure, le soir, les Juifs et les nègres ne puissent sortir de leurs maisons, qu’ils y soient relégués, comme des pestiférés, sous peine de représailles plus ou moins couvertes par des lois honteuses d’elles-mêmes ? Je suis du côté des « niggers ». Je n’en ai ni gloire ni humiliation. Je n’ai pas choisi. »

Josphine Baker

Sixième femme, première artiste et première femme noire à rejoindre le temple républicain, Joséphine Baker était aussi une héroïne de la résistance et fervente militante antiraciste.

La Française d’origine américaine ne s’est en effet pas contentée d’être une actrice, chanteuse et danseuse vedette du music-hall. Héroïne de la résistance et militante antiraciste, la native de Saint-Louis dans le Missouri, naturalisée Française en 1937, a enfilé plusieurs casquettes et mené moult combats tout au long de son existence. 
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Une quête illustrée dès son arrivée en France en 1925.
“Un jour, j’ai réalisé que j’habitais dans un pays où j’avais peur d’être noire. C’était un pays réservé aux Blancs. Il n’y avait pas de place pour les Noirs. J’étouffais aux États-Unis, expliquait-elle à l’époque. Beaucoup d’entre nous sont partis, pas parce que nous le voulions, mais parce que nous ne pouvions plus supporter ça… Je me suis sentie libérée à Paris”.

C’est la raison pour laquelle la chanson « J’ai deux amours, Paris et mon pays », sa chanson la plus connue, sera jouée toute la journée en guise de sonnerie au collège Jean Aviotte.

C’est également ce titre qui sera joué par la Musique de l’armée de l’air à l’arrivée du cercueil au Panthéon.

Comment Joséphine Baker est devenue une résistante ? 

Tombée amoureuse de l’Hexagone et de sa capitale, Joséphine Baker, qui enchaîne les projets artistiques (dont le célèbre La Revue Nègre joué au théâtre des Champs-Élysées), en devient rapidement une star ainsi que l’idole de l’émancipation des femmes. Un amour réciproque qui la pousse à s’engager pour la France en 1939, lorsque la Seconde Guerre mondiale éclate.
Elle met son art à contribution en chantant pour les soldats envoyés sur la ligne Maginot. Parallèlement, elle se mobilise pour la Croix-Rouge et est recrutée par Jacques Abtey, chef du contre-espionnage à Paris, pour recueillir des informations, qu’elle cache parfois dans ses robes lors des soirées mondaines auxquelles elle est conviée.
“Je fus, dès le commencement de notre conversation, saisi par l’étrange rayonnement de mon interlocutrice… Parlant sans rechercher d’effet, d’une voix douce, égale… je dus faire un effort afin de ne pas laisser paraître mon émotion quand elle me parlait de la France, son pays d’adoption”
Jacques Abtey

Durant l’Occupation, Joséphine Baker s’engage aux côtés des services secrets de la France Libre. Elle profite de ses représentations en France, en Europe, mais aussi en Afrique du Nord et au Moyen-Orient, pour faire passer des messages à travers ses chansons. Chansons qui permettent aux espions gaullistes de rédiger des notes de renseignement à l’encre sympathique (invisible).

“C’est très pratique d’être Joséphine Baker. Dès que je suis annoncée dans une ville, les invitations pleuvent. À Séville, à Madrid, à Barcelone, le scénario est le même. J’affectionne les ambassades et les consulats qui fourmillent de gens intéressants. Je note soigneusement en rentrant”, avait-elle rapporté dans le récit autobiographique Joséphine (éditions Robert Laffont). Et d’ajouter: “Mes passages de douane s’effectuent toujours dans la décontraction. Les douaniers me font de grands sourires et me réclament effectivement des papiers, mais ce sont des autographes!”

Josphine Baker

Joséphine Baker aux côtés de Martin Luther King en 1963

Engagée en 1944 dans l’Armée de l’air française, Joséphine Baker poursuit tout de même sa carrière d’artiste, se produisant notamment en Allemagne devant les déportés sortis des camps. Elle reçoit ensuite la médaille de la Résistance française avec Rosette en 1946, puis la Légion d’honneur à titre militaire ainsi que la Croix de guerre avec palme en 1957.
Deux ans plus tard, l’artiste, également mère adoptive de 12 enfants (originaires des quatre coins du monde), défile aux couleurs de la France aux côtés de Martin Luther King, lors de la marche pour les droits civiques le 28 août 1963. Si l’évènement doit en grande partie sa postérité au célèbre “I have a dream” du pasteur, il est également marqué par un discours de la chanteuse.
Fervente patriote, ambassadrice des valeurs françaises, combattante acharnée pour l’égalité, Joséphine Baker a marqué son époque de son empreinte. Son intronisation au Panthéon, où son cénotaphe sera placé dans le caveau 13 aux côtés de Maurice Genevoix, sonne de ce fait comme une évidence.

«C’est la France qui a fait ce que je suis, je lui garderai une reconnaissance éternelle. Vous pouvez disposer de moi comme vous l’entendez»

Josphine Baker